Spéciale des simultanées Lasker
Une poussée culottée du pion tour qui répond au plan de fianchetto tranquille des blancs par une promesse immédiate de forcer la colonne h.
Après 1. g3, les blancs t’ont déjà dit tout le plan : fou en g2, petit roque, vie tranquille. 1...h5 refuse de jouer le jeu. Le pion vise ...h4. Il frappe à la porte du pion g3, et si les blancs haussent les épaules, la colonne h s’ouvre grand vers le coin exact où le roi se dirigeait. C’est un argument en un coup : tu m’as montré où va ton roi, alors j’y envoie un pion en premier.
Le nom pointe vers Emanuel Lasker et le monde des simultanées, où un champion se promenant entre des dizaines d’échiquiers pouvait se permettre un coup aussi culotté. Pas besoin d’une anecdote vérifiée pour comprendre l’esprit : ce sont des échecs d’exhibition, une provocation plutôt qu’un système. Tu le joues pour poser une question impolie tôt dans la partie, pas pour gagner l’ouverture par la force.
La blague a plutôt bien vieilli. La théorie des ouvertures à l’ère des moteurs a rendu les poussées précoces du pion tour contre les dispositifs de fianchetto tout à fait respectables, et 1...h5 est cette idée sous sa forme la plus brute. Le dispositif prévu par les blancs devient réellement un peu délicat à mettre en place une fois que le pion atteint h4. Les noirs obtiennent une vraie partie bien plus souvent que ce que le coup ne mérite sur son apparence.
L’approche la plus nette pour les blancs, c’est de refuser le drame. Soit arrêter le pion net avec 2. h4 et revenir à un développement normal, soit jouer 2. Bg2 quand même et répondre à ...h4 par Nf3. La colonne h peut s’ouvrir et une paire de tours peut disparaître, mais c’est jouable. L’argument que les blancs veulent porter est central : pendant que les noirs passent du temps sur un pion d’aile, les blancs développent, marquent le centre, et restent flexibles sur la destination du roi. La seule chose à éviter, c’est un petit roque de routine, tout droit dans la colonne semi-ouverte.
Les noirs veulent jouer ...h4 pendant que l’aile roi des blancs est encore molle. Si les blancs laissent ...hxg3, la colonne h s’ouvre pour une tour qui n’a jamais bougé, et le petit roque cesse de paraître sûr ; si les blancs bloquent avec leur propre h4, les noirs ont fixé une petite cible à l’aile roi et se tournent simplement vers le centre avec ...d5 et ...e5, que le dispositif d’aile d’abord des blancs n’a rien fait pour contester. Dans les deux cas, la tour de h8 travaille depuis chez elle. La seule discipline exigée : arrêter de lancer des pions à l’aile roi une fois la première question réglée, et se mettre à développer.
Au niveau club (1600-2000 sur Lichess), seuls 0,9 % des joueurs répondent à 1. g3 par 1...h5, mais l’audace paie : ils marquent 54 % à partir de là, et la position apparaît 240 319 fois dans notre base de données. La réponse quasi universelle des blancs, 2. Bg2 (74,7 % des parties), ne marque que 46 %, et le blocage par 2. h4 (10,3 %) parvient à 48 %. Le rare 2. Nf3 (5,1 % des parties) est le seul choix populaire qui marque au-dessus de la barre pour les blancs, à 53 %.
Emanuel Lasker — Le nom est le sien : il pointe vers les simultanées où un champion du monde pouvait se permettre un coup aussi impudent contre une salle pleine d’amateurs.
- Catégorie
- De flanc
- Premier coup
- Other
- Code ECO
- A00
- Ligne
- 1. g3 h5