Défense Carr
Les noirs répondent à 1.e4 par un haussement d’épaules du pion tour. Le centre est cédé exprès, et la partie se décidera ailleurs.
1...h6 ne fait presque rien, et c’est tout l’intérêt. Les noirs jouent le coup le moins engageant de l’échiquier. Les blancs construisent le centre qu’ils veulent. Les noirs comptent contre-attaquer une fois sa forme connue. Entre certaines mains, c’est un vrai système. Le coup prépare ...g5 et une prise d’espace à l’aile roi qu’aucune ouverture normale n’autorise. Entre la plupart des mains, c’est de la provocation, pure et simple.
Le problème, c’est que les échecs comptent en tempos. Les blancs viennent d’en recevoir un cadeau. Après le naturel 2.d4, les blancs possèdent le centre et se développent librement. Les noirs n’ont à affronter aucun des arguments théoriques que soulèverait une sicilienne ou une française. La compensation des noirs est entièrement pratique : un adversaire sorti de sa théorie, sur sa propre pendule, qui en fait parfois trop pour punir ce qui ne demande qu’un jeu calme.
Cette défense vit tout au bord de la carte des ouvertures. Les spécialistes la maintiennent en vie parce qu’ils comprennent exactement ce qu’ils provoquent. Comme arme de surprise, elle pose une question honnête aux blancs : sais-tu jouer simplement une bonne position ? La réponse de la base de données, c’est que la plupart des joueurs de club savent le faire.
Les blancs doivent prendre tout ce qui est offert et rien de plus : 2.d4, un centre de pions complet, les pièces sur des cases naturelles, le roque, aucune violence précoce. L’idée la plus importante est simple. Le coup ...h6 ne se réfute pas par une attaque. Il se réfute par le développement, parce que les noirs ont dépensé leur premier coup sur une case qui n’aide aucune pièce. Si les noirs enchaînent avec ...g5, réponds à la poussée d’aile par le centre. Le tempo supplémentaire compte double à cet endroit.
Les noirs jouent pour le milieu de partie. Laisse les blancs s’engager, puis frappe le centre avec ...d5 ou ...c5. Pousse ...g5-g4 pour harceler un cavalier en f3 et revendiquer un espace à l’aile roi que l’ouverture n’était censée permettre. Le pion en h6 rapporte de petits dividendes plus tard. Quand ...g5 arrive, il vient avec du soutien, et il n’y a aucun coup Ng5 ou Bg5 à craindre. Le plan honnête, c’est la provocation, et il faut un adversaire prêt à trop en faire. Face à un jeu calme, les noirs sont simplement un tempo en retard et doivent surclasser les blancs à partir de là.
Au niveau club (1600-2000 sur Lichess), 1...h6 apparaît environ une fois toutes les deux mille parties 1.e4. La base de données compte environ 715 000 parties de ce type. La réponse la plus populaire des blancs est aussi parmi les meilleures : 2.d4 (46,9 % des parties) marque 56 % pour les blancs. Le coup 2.Nf3 apparaît 25,9 % du temps et marque 53 %. Le coup 2.Bc4 apparaît 9,6 % du temps et marque 54 %. Le coup 2.f4 apparaît 6,4 % du temps et marque 56 %. Pour donner une échelle, 1.e4 marque 51 % au total à ce niveau. Le tempo gratuit vaut de vrais points. Prendre le centre avec 2.d4, c’est comme ça qu’on les encaisse.
Michael Basman — Le MI anglais qui a fait carrière tout au bord de l’échiquier. Ses systèmes 1...h6 et ...g5 expliquent presque à eux seuls que ce coup ait la moindre littérature.
- Famille
- Défense Carr
- Catégorie
- Semi-ouverte
- Premier coup
- 1.e4
- Code ECO
- B00
- Ligne
- 1. e4 h6