Défense du renard frit
Les noirs promènent leur roi en f7 dès le deuxième coup, volontairement. Les échecs joués comme un défi.
Qu’est-ce que 1...f6 suivi de 2...Kf7 ? Pas une défense, mais un handicap que les noirs s’infligent eux-mêmes. Le roi met le pied sur la case que tout débutant apprend à mettre à l’abri. Le roque a disparu pour toujours. Les deux coups ne développent rien, ne menacent rien et ne préparent rien. On la joue pour la blague, pour l’insulte, ou pour prouver qu’on peut gagner depuis une position perdue. Le blitz en ligne la maintient en vie, parce que battre quelqu’un après lui avoir donné l’ouverture en cadeau procure une sensation merveilleuse.
La surprise dans les données, ce n’est pas que les noirs souffrent, mais à quel point ils souffrent peu. Une position qui devrait être stratégiquement perdue ne rapporte aux blancs qu’un modeste avantage pratique au niveau club. Un tempo de plus et un roi mal placé demandent encore une conversion par un humain, contre la pendule. Les joueurs blancs surjouent régulièrement. Ils poursuivent un roi maladroit mais pas encore exposé. Une seule sortie imprudente peut offrir aux noirs une partie normale, avec une motivation en plus.
Si tu l’affrontes, la recette est ennuyeuse exprès : développe tout, roque, et n’ouvre le centre qu’ensuite. Laisse le roi en f7 devenir une vraie cible dans le milieu de jeu, plutôt qu’au cinquième coup. Si tu la joues, tu sais déjà exactement ce que tu fais. Ce n’est pas un conseil d’échecs que tu es venu chercher.
Prends le centre qu’on t’a offert. Les pions se tiennent en e4 et d4 gratuitement, donc développe chaque pièce sur sa meilleure case et roque avant de lancer quoi que ce soit. L’échec 3.Bc4+ est populaire et tout à fait bon. Les noirs doivent bloquer avec ...e6 ou déplacer le roi encore. Mais le vrai plan, c’est la patience : ouvre les lignes avec e5 ou f4 seulement une fois développé, puis pointe tout vers le roi égaré. L’échec classique, c’est d’attaquer avec deux pièces au sixième coup et laisser les noirs consolider tranquillement.
Le plan des noirs, un tel qu’il est : se cacher. Ça veut dire en général ...e6 ou ...d6, un bonnet ...g6 pour le roi, et le ramener à la main vers g7 ou g8 pendant que les blancs décident de leur ambition. Chaque échange de pièces aide, puisqu’un roi exposé compte moins une fois les dames disparues. Les noirs jouent vraiment pour le moment où les blancs, toujours avec un simple tempo d’avance, s’impatientent et se jettent en avant.
Au niveau club (1600-2000 sur Lichess), le plus étonnant, c’est la fréquence à laquelle ce coup est joué depuis sa position parente. Après 1.e4 f6 2.d4, le coup de roi 2...Kf7 apparaît 22,2 % du temps, soit plus de 115 000 parties, même si les noirs n’y marquent que 43 %. La réponse la plus courante des blancs est 3.Bc4+ (28,1 % des parties). Ce coup marque 57 % pour les blancs. 3.Nf3 (17 %, 57 %) et 3.Nc3 (12,3 %, 59 %) suivent de près. Relis bien : contre une ouverture qui sacrifie le roque dès le deuxième coup, aucun coup blanc courant ne dépasse 59 %.
- Famille
- Défense du renard frit
- Catégorie
- Semi-ouverte
- Premier coup
- 1.e4
- Code ECO
- B00
- Ligne
- 1. e4 f6 2. d4 Kf7