Défense Gunderam
Les noirs défendent e5 avec la dame dès le deuxième coup. Ce choix bloque leur propre fou pour garder un pion. Têtu, à l'étroit, et plus difficile à réfuter qu'il n'y paraît.
Après 1.e4 e5 2.Nf3, presque tout le monde défend le pion avec 2...Nc6 ou contre-attaque avec 2...Nf6. La Défense Gunderam choisit le coup que ton premier professeur aurait barré : 2...Qe7. Ce coup garde e5 avec la dame et enferme le fou de f8. La ligne porte le nom de Gerhart Gunderam, un joueur par correspondance allemand qui a consacré son analyse exactement à ce genre de terrain excentrique de la partie ouverte.
L'idée est plus cohérente qu'il n'y paraît. Avec e5 tenu, les noirs prévoient ...d6, puis ...g6 et ...Bg7. Le fou enfermé échange sa diagonale morte contre une meilleure. Les noirs s'installent dans une structure lente et solide, proche d'un Philidor, avec la dame déjà utile en e7. Rien ne pend, rien n'est lâche. Les noirs sont simplement en léger retard de développement et doivent vivre avec une dame garée sur sa case la moins glorieuse.
Le problème pratique des blancs, c'est qu'il n'existe aucun coup punitif, seulement du bon développement. Les joueurs de club qui s'attendent à réfuter un coup de dame étrange se jettent souvent dans l'attaque à la place. Au douzième coup, les noirs sont coordonnés, roqués, parfaitement à l'aise. Comme arme de surprise, la Gunderam pose une vraie question : sais-tu construire un avantage contre un dispositif solide et légèrement passif, ou sais-tu seulement suivre ta théorie habituelle ?
Développer naturellement et prendre l'espace que les noirs ont à moitié concédé. 3.Bc4 et 3.Nc3 sont les débuts classiques, d4 arrive vite, et le petit roque suit. Comme la dame reste en e7, un saut de cavalier en d5 ou une ouverture bien chronométrée de la colonne e tendent à gagner du temps contre elle. Les blancs ne doivent pas chercher le knock-out. Le plan, c'est un développement plus rapide, un centre plus large, et une pression lente sur la colonne e. La dame noire y fait un locataire encombrant.
Les noirs jouent un système retenu : ...d6 pour renforcer e5, ...g6 et ...Bg7 pour donner un avenir au fou enfermé, ...Nf6 et le petit roque par la voie normale. La dame en e7 tient e5 fermement et soutient un futur ...c6. Ce que les noirs souhaitent pour le milieu de jeu, c'est un centre fermé ou semi-fermé. Le demi-tempo perdu cesse alors de compter, et le fou de g7 se met au travail.
Au niveau club (1600-2000 sur Lichess), 2...Qe7 est une vraie rareté. Seulement 0,2 % des 320 millions de parties qui atteignent 1.e4 e5 2.Nf3 contiennent ce coup, environ 546 000 parties en tout, avec 48 % de score pour les noirs. Les réponses des blancs se regroupent autour du développement naturel : 3.Bc4 la moitié du temps (50,4 % des parties). Ce coup marque 52 % pour les blancs. 3.Nc3 (29,3 %, 53 %) et 3.d4 (9,7 %, 52 %) sont fréquents aussi. Aucune réponse courante des blancs ne dépasse 53 %. Les chiffres sont d'accord : il n'y a pas de réfutation ici, juste une petite traction constante.
Gerhart Gunderam — Le théoricien allemand du jeu par correspondance dont la défense porte le nom : son analyse est la seule raison pour laquelle ce coup de dame possède un corpus théorique.
- Famille
- Défense Gunderam
- Catégorie
- Ouverte
- Premier coup
- 1.e4
- Code ECO
- C40
- Ligne
- 1. e4 e5 2. Nf3 Qe7