Gambit danois
Les blancs offrent un pion, puis un second, pour planter les deux fous sur des diagonales grandes ouvertes et lancer l’attaque avant que les noirs aient fini de dire merci.
Le Danois est l’échec romantique dans sa forme la plus pure, défendu par des joueurs danois dans les années 1860 et un pilier des répertoires d’attaque de l’époque. Tout l’intérêt du coup apparaît après 3...dxc3 4. Bc4 cxb2 5. Bxb2 : les blancs sont deux pions en moins, mais les fous en c4 et b2 balaient f7 et g7, les colonnes c et d sont semi-ouvertes, et les noirs ont passé trois coups à capturer des pions au lieu de se développer. Chaque coup lent des noirs à partir de là nourrit l’initiative.
La théorie a fini par trouver la réponse calme, et elle vaut la peine d’être connue, quel que soit le camp où tu te trouves : rendre un pion avec ...d5 émousse le fou de c4, libère le jeu des noirs, et retire l’essentiel du poison de la position. Cet antidote explique pourquoi le Danois s’est effacé du jeu sérieux. Mais un antidote ne marche que si l’adversaire l’a dans sa fiole.
Au niveau club, la plupart ne l’ont pas. La partie type voit les noirs tout prendre, dériver un coup ou deux, puis affronter les deux fous, un déploiement de dame et une poussée e5, tout en même temps. Jouer le Danois, c’est parier sur ce scénario. La base de données dit que le pari paie.
Les blancs se développent à toute vitesse : Nf3, petit roque, souvent Qb3 ou Qe2 appuyés sur f7. Éviter les échanges, surtout de dames, puisque chaque échange rapproche le moment où les pions supplémentaires des noirs vont compter. La rupture thématique, c’est e5. Elle déchire la grande diagonale pour le fou de b2, et les deux fous tirent en même temps. Les blancs jouent pour un knock-out dans les vingt premiers coups ; si la partie atteint une finale tranquille, le gambit a déjà échoué.
Le plan des noirs, c’est la gourmandise disciplinée : prendre ce qui est sûr, puis rendre du matériel à tes propres conditions. L’idée clé, c’est ...d5. Ce coup rend un pion pour émousser le fou de c4 et achève le développement. Après cela, les noirs échangent les pièces, surtout les dames, et laissent le pion supplémentaire décider de la finale. Ce qui perd, c’est l’accumulation. Chaque capture de plus est un tempo, et les tempos sont exactement la monnaie sur laquelle tourne l’attaque des blancs.
Au niveau club (1600-2000 sur Lichess), le Danois justifie sa place : depuis la position de la Partie du centre acceptée, 3. c3 est le choix le plus populaire des blancs, à 45,5 %, et marque 56 %, et la position du gambit apparaît plus de 10,5 millions de fois. L’acceptation complète 3...dxc3 est ce que tu affronteras 69,2 % du temps. Ces parties ne marquent que 42 % pour les noirs. Les refus racontent la vraie histoire : 3...d5, l’égalisateur des livres, n’est choisi que 7,9 % du temps mais marque 52 % pour les noirs, la seule réponse courante qui renverse la vapeur (3...Nc6, à 8,9 %, ne s’en sort qu’avec 45 %). La plupart des adversaires de club mordent à l’hameçon.
Jacques Mieses — Le maître d’origine allemande fut le grand champion professionnel du gambit, le ressortant encore au début des années 1900 alors que la mode était passée à des ouvertures plus tranquilles.
La prise en g2 est la manière classique de perdre contre le Danois. Le raid de dame a l’air de gagner une tour, mais 7. Rg1 regagne le tempo. Après 9. Bxf7+ Kxf7 10. Ng5+, le cavalier fourchette le roi et la dame. Nxh3 suit, et le raid a tout coûté aux noirs. Si tu acceptes le gambit, garde la dame à la maison et rends du matériel avec ...d5 à la place.
- Famille
- Gambit danois
- Catégorie
- Gambit
- Premier coup
- 1.e4
- Code ECO
- C21
- Ligne
- 1. e4 e5 2. d4 exd4 3. c3