Défense Borg : Gambit Borg
Grob épelé à l’envers et joué avec un coup de retard : les noirs poussent le pion g de deux cases dès le premier coup, l’offrent gratuitement, et parient toute la partie sur le chaos.
Le nom est à la fois la blague et l’explication. Le Grob, c’est 1.g4, l’un des essais les plus fous des blancs ; joue la même ruade avec les noirs contre 1.d4, et tu obtiens le Borg. C’est Grob à l’envers, dans le nom comme dans l’esprit, sauf que les noirs partent avec un temps de retard, et que le pion en g5 est simplement en prise du fou de c1. Le prendre, et les noirs ont cédé un pion net dès le deuxième coup. Ce n’est pas une coquille ; c’est l’offre.
Qu’obtiennent les noirs en retour ? Honnêtement, moins que ce qu’un gambit promet d’habitude : aucune avance de développement, aucune colonne ouverte qui compte encore. La vraie monnaie, c’est le malaise. Les noirs enchaînent avec ...Bg7, ...c5 et ...Qb6, s’appuyant sur la grande diagonale et sur les cases b2 et d4. Les blancs peuvent soit trop forcer en essayant de réfuter, soit dériver vers une position qu’un seul des deux joueurs a déjà vue. C’est une arme de blitz, une arme de surprise, et une déclaration d’intention.
L’évaluation honnête : c’est objectivement mauvais, et les chiffres le disent plus fort que n’importe quel moteur. Mais il y a quelque chose de clarifiant dans une ouverture sans prétention. Si tu joues le Borg, tu te bats pour un certain type de partie, pas pour l’égalité. De temps en temps, un adversaire fonce dedans tête baissée.
Prends le pion et refuse le drame. 2.Bxg5 est le coup le meilleur et le plus simple : développe-toi normalement ensuite, garde le centre avec c3 ou e3 quand les piqûres ...c5 et ...Qb6 arrivent, et n’essaie pas de punir les noirs plus vite que ton développement ne le permet. Le pion est réel et permanent ; la compensation des noirs est surtout psychologique. Un milieu de partie calme avec un pion de plus, c’est exactement l’issue que redoute le joueur du Borg.
Assume le déséquilibre. Le fou appartient à g7, le pion c va en c5 pour ronger d4, et la dame atterrit souvent en b6 en tapant b2, demandant aux blancs de céder quelque chose alors qu’ils ont un pion de plus. La colonne g peut compter plus tard si les blancs y roquent petit. Par-dessus tout, les noirs veulent un combat où la familiarité l’emporte sur le matériel. Le combat est tranchant, concret, et différent de tout ce à quoi les blancs s’étaient préparés ce matin-là.
Au niveau club (1600-2000 sur Lichess), le Borg est un authentique excentrique. Notre base compte 217 111 parties avec ce coup, contre plus de 622 millions de parties commençant par 1.d4. La réfutation est aussi la réponse la plus populaire : 2.Bxg5 prend le pion gratuit dans 36,2 % des parties et marque un écrasant 62 % pour les blancs. Les coups qui refusent le pion s’en sortent bien aussi : 2.c4 (28 %) marque 55 % et 2.e4 (10,5 %) marque 56 %. La seule peau de banane, c’est 2.Bf4. Il est joué dans 1 % des parties et ne marque que 31 % pour les blancs, puisque le pion de g5 capture tout simplement le fou.
Michael Basman — Le MI anglais et saint patron de la ruade du pion g. Il a défendu le Grob et ses images miroir avec les deux couleurs, quand aucun autre joueur titré n’y touchait.
- Famille
- Défense Borg
- Catégorie
- Semi-fermée
- Premier coup
- 1.d4
- Code ECO
- A40
- Ligne
- 1. d4 g5