Défense Benoni : Old Benoni
Les noirs piquent le centre blanc dès le premier coup et poussent la partie vers des positions étroites et tordues, pour lesquelles un seul des deux joueurs s’est vraiment préparé.
L’Old Benoni défie d4 tout de suite avec 1...c5, avant que l’un ou l’autre camp n’ait développé une seule pièce. La réponse la plus conforme aux principes pour les blancs est de pousser avec d5, ce qui gagne de l’espace et fixe les termes de l’échange : les blancs possèdent plus de terrain, les noirs héritent d’une position compacte, avec des cibles claires et la promesse à long terme d’un contre-jeu sur les cases noires. Le nom est l’un des plus étranges des échecs : il vient de l’hébreu et signifie à peu près fils de la douleur. La défense est répertoriée depuis le début du dix-neuvième siècle.
Ce qui la sépare de sa célèbre cousine, la Benoni moderne, c’est le timing. Les noirs s’engagent sur ...c5 avant que les blancs n’aient joué c4 ou que le cavalier de f6 soit sorti. Ce choix évite des pans entiers de théorie tranchante anti-Benoni, et il permet aussi aux blancs de choisir des dispositifs modestes que le joueur de Benoni moderne ne rencontre jamais. Cela convient très bien aux adeptes de l’Old Benoni : c’est une ouverture pour ceux qui préfèrent connaître leur propre structure à fond plutôt que courir après la dernière théorie.
Les milieux de partie qui en résultent sont asymétriques dès le départ : centres bloqués, chaînes de pions pointant dans des directions opposées, et plans qui n’ont presque rien à voir l’un avec l’autre. Cette asymétrie est l’arme pratique. Le joueur qui a déjà vécu dans ces positions surclasse en général celui qui les découvre, et au niveau club, les chiffres disent que les noirs font exactement cela.
Le plan principal, c’est 2. d5 : prendre l’espace, le soutenir avec e4 et les pièces, et utiliser la place supplémentaire pour manœuvrer pendant que les noirs se réorganisent. À partir de là, les blancs veulent freiner les ruptures de pions adverses, se développer calmement, puis attaquer là où l’avantage d’espace est le plus grand, souvent à l’aile roi avec un f4 bien préparé. Prendre le pion avec dxc5 est l’alternative gourmande. Les noirs le regagnent sans difficulté dans une partie normale, et les blancs ont dépensé des tempos pour cela. Les dispositifs tranquilles e3 et c3 refusent tout simplement le débat et jouent aux échecs.
Face au d5 qui gagne de l’espace, les noirs choisissent une structure. Le traitement tchèque avec ...e5 verrouille complètement le centre et mène une longue partie de manœuvres, avec ...f5 en réserve comme rupture ; le style moderne avec ...e6 attaque le pion d5 pour ouvrir des lignes, en général avec un fou fianchetto en g7 et une expansion à l’aile dame par ...b5 ensuite. Dans les deux versions, les atouts des noirs sont les mêmes : le contrôle des cases noires, un plan de rupture clair, et le confort de connaître cette structure mieux que l’adversaire.
Au niveau club (1600-2000 sur Lichess), l’Old Benoni reste un choix de niche, seulement 3,9 % des parties après 1. d4, mais elle marque un plein 50 % pour les noirs, à égalité avec n’importe quoi d’autre dans la position. Les blancs poussent 2. d5 dans 37,6 % des parties et marquent 51 %. Le chiffre intéressant, c’est la prise de pion : 2. dxc5 arrive en deuxième position avec 17,8 % et ne marque que 48 % pour les blancs, sous la barre des 50 %, tandis que les dispositifs plus modestes 2. e3 (10,4 % des parties, 51 %) et 2. Nf3 (10,3 %, 49 %) complètent les réponses populaires. Mordre à l’hameçon est l’erreur la plus courante en club, et la base de données le prouve tranquillement.
Mikhail Tal — Le saint patron de la contre-attaque Benoni, surtout via l’ordre des coups moderne, mais l’esprit combatif de ...c5 contre d4 lui appartient.
- Famille
- Défense Benoni
- Catégorie
- Semi-fermée
- Premier coup
- 1.d4
- Code ECO
- A43
- Ligne
- 1. d4 c5
Le nom vient du livre d’Aaron Reinganum paru en 1825, « Ben-Oni » — « fils de la douleur » en hébreu. La raison tient dans ses propres mots : il s’asseyait devant un échiquier chaque fois qu’il cherchait refuge contre la mélancolie. Tal a fait de la Benoni moderne une terreur dans les années cinquante et soixante : céder le centre pour pointer chaque pièce vers l’aile dame blanche comme une accusation.