Défense Barnes
Les noirs répondent au meilleur premier coup des échecs en affaiblissant eux-mêmes la porte d’entrée de leur roi. La base de données montre les blancs encaisser, partie après partie.
Il vaut la peine d’être précis sur ce que coûte 1...f6. Le coup ouvre la diagonale e8-h5 droit vers le roi noir. Il retire la case f6 à son propriétaire légitime, le cavalier de g8. Il ne développe rien. Sa seule contribution est de couvrir e5. La lecture la moins mauvaise de la Barnes, c’est celle d’une manière maladroite de préparer ...e5 plus tard. Chaque autre réponse à 1. e4 achète quelque chose. Celle-ci, elle, vend surtout.
Le nom est de la vraie histoire. Thomas Wilson Barnes était un fort maître anglais des années 1850, qui jouait des défenses provocatrices et décalées. Celle-ci en faisait partie. Il est resté célèbre pour avoir pris plus de parties à Paul Morphy que n’importe quel autre joueur pendant la fameuse visite de Morphy en Angleterre. Ce résultat en dit plus sur la force pratique de Barnes que sur les mérites de 1...f6. Mais le coup porte son nom depuis.
La Barnes survit comme un défi en blitz en ligne et comme position pédagogique partout ailleurs. C’est la démonstration la plus limpide aux échecs de la raison pour laquelle le pion f est appelé le pion empoisonné de l’ouverture. Le roi se tient juste derrière. Chaque pas qu’il fait vers l’avant invite l’échec de dame qui organise toute l’attaque des blancs.
Se développer. Prendre le centre entier avec 2. d4 et sortir les pièces vite. Garder la diagonale e8-h5 en tête : un Qh5+ bien chronométré force ...g6 et laisse l’aile roi des noirs mitée avant le dixième coup. Roquer et ouvrir le centre là où le roi noir est coincé. Laisser le développement supplémentaire faire l’attaque. La seule façon de perdre le fil, c’est de courir après un mat qui n’est pas forcé au lieu de prendre les cadeaux positionnels gratuits.
Limiter la casse. Le plan constructif consiste à donner un sens à ...f6 : mettre en place ...d6 et un ...e5 correctement soutenu, développer le cavalier via e7 ou h6 puisque f6 est pris, et mettre le roi à l’abri avant que le centre ne s’ouvre. La règle absolue, c’est d’arrêter d’affaiblir l’aile roi. Pas de ...g5, pas de prise de pion nonchalante sur la diagonale h5. Chaque ligne ouverte là-bas appartient aux blancs. Atteins un milieu de partie fermé et pesant, et la position devient simplement pire, au lieu de perdue.
Au niveau club (1600-2000 sur Lichess), 1...f6 ne figure pas parmi les douze réponses les plus jouées contre 1. e4. La position apparaît 802 060 fois, contre plus de 1,4 milliard de parties 1. e4 dans la base communautaire. Les réponses principales des blancs sont brutales au tableau des scores : 2. d4 est joué 49,7 % du temps et marque 59 %. Également : 2. Nf3 (23,3 %, 56 %) et 2. Bc4 (8,1 %, 56 %). Même le grossier 2. Qh5+ apparaît dans 1 % des parties et marque encore 54 %. Un score de 59 % pour le coup le plus naturel des blancs, c’est à peu près le maximum que puisse crier une base de données d’ouvertures.
Thomas Wilson Barnes — Le maître anglais des années 1850 dont la défense porte le nom. Il jouait des défenses décalées comme celle-ci et a gagné plus de parties contre Paul Morphy que n’importe quel autre joueur lors de la grande tournée européenne de Morphy.
Le mat le plus rapide que les noirs puissent s’infliger, et il passe droit par cette ouverture. Après 2...g5, les deux diagonales de l’aile roi sont ouvertes. La dame atterrit en h5. Rien ne peut bloquer ni capturer en g6. La case f7 disparaît comme échappatoire, car la dame la couvre. E7 reste bloquée par son propre pion. Mat au troisième coup. En tant que blanc, connais ce motif. En tant que noir, comprends qu’après 1...f6, ...g5 est le coup que tu ne dois jamais jouer.
- Famille
- Défense Barnes
- Catégorie
- Semi-ouverte
- Premier coup
- 1.e4
- Code ECO
- B00
- Ligne
- 1. e4 f6