Ouverture Anderssen
Les blancs dépensent leur premier coup en une petite poussée de pion au bord de l’échiquier, et invitent les noirs à s’engager en premier.
1.a3 ressemble à une blague et constitue en réalité une question. Les blancs jouent un coup qui ne développe rien et ne contrôle aucune case centrale. En échange, ils apprennent les intentions des noirs avant de révéler les leurs. Ce petit coup de pion n’est pas totalement inutile : il retire la case b4 aux pièces noires et prépare une future avancée en b4. Son vrai contenu est psychologique : joue tes échecs, dit-il, et je réagirai.
Le coup porte un nom célèbre parce qu’Adolf Anderssen, l’un des grands attaquants du dix-neuvième siècle, l’a joué en ouverture contre Paul Morphy lors de leur match de 1858. La logique d’alors est celle d’aujourd’hui : face à un adversaire qui connaît mieux les ouvertures, refuse purement et simplement le débat théorique. Cela n’a pas résolu le problème Morphy, mais le nom est resté.
En termes modernes, 1.a3 se transforme le plus souvent en une défense inversée avec un coup de plus. Après 1...e5, les blancs peuvent jouer 2.c4 et atteindre une structure sicilienne avec un plein temps d’avance. Là, a3 se révèle être un coup que la position réclame vraiment. Reste à savoir si ce temps compte au niveau club, une question à laquelle les chiffres répondent d’un haussement d’épaules.
Les blancs jouent un jeu d’attente avec un petit bonus positionnel : b4 est couverte, donc les clouages ...Bb4 et les sauts ...Nb4 sont hors jeu. L’expansion à l’aile dame avec c4 et b4 est un coup plus proche. Les suites habituelles mènent vers des ouvertures inversées : c4 contre ...e5 pour un dispositif sicilien avec le temps en plus, ou d4 et un développement normal où a3 écarte tranquillement les ennuis. Le plan consiste à laisser les noirs choisir le champ de bataille, puis à s’y battre avec une petite mais réelle longueur d’avance.
Les noirs doivent accepter le cadeau et construire un centre complet : ...e5 ou ...d5, un développement naturel, sans chercher à réfuter quoi que ce soit. a3 ne peut pas être puni, seulement ignoré. Joue ce que tu joues d’habitude contre des ouvertures normales, et considère ce temps comme quelque chose qui manquera aux blancs plus tard, quand l’initiative sera à prendre. Des dispositifs ambitieux avec les deux pions centraux sont pleinement justifiés. La seule erreur, c’est de croire que la position doit être gagnante parce que le premier coup avait l’air ridicule.
Au niveau club (1600-2000 sur Lichess), 1.a3 ouvre environ sept parties sur dix mille : 1,7 million de parties dans la base de données. Les noirs y répondent au centre : 1...e5 (32,3 % des parties) et 1...d5 (28,5 %) sont les réponses principales. Contre les deux, les blancs marquent 51 %, exactement le score global de 1.e4 à ce niveau. Le temps perdu se voit à peine dans les résultats club. Parmi les réponses courantes, 1...Nf6 (8,7 %) et 1...g6 (5,5 %) font le mieux pour les noirs, avec 52 %.
Adolf Anderssen — A donné son nom au coup en l’ouvrant contre Paul Morphy lors de leur match de 1858, une manière d’esquiver la meilleure connaissance théorique de l’Américain.
- Famille
- Ouverture Anderssen
- Catégorie
- De flanc
- Premier coup
- Other
- Code ECO
- A00
- Ligne
- 1. a3